D’où vient cette colère propre à l’adolescence, cette résistance sourde à l’ordre des choses ? Dans sa nouvelle création, Cédric Orain nous raconte l’histoire de cinq adolescentes et adolescents, en conflit avec leur entourage. En plus d’être accaparés par leurs désordres affectifs, ces élèves se retrouvent contraints de rejoindre un atelier théâtre pour y préparer un spectacle. En les voyant se débattre furieusement contre ce piège institutionnel, on se demande si la rencontre avec l’art va avoir lieu… Fidèle à son goût pour les voix empêchées et les résistances ordinaires, le metteur en scène transforme ces tensions en une comédie vivante, traversée par la fantaisie, l’énergie et la vitalité de la jeunesse.
À l’écoute des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi, des sensations, des images et même une envie de danser nous parcourent. Dans Quatre (saisons), le chorégraphe Bruno Benne explore ce plaisir de la musique et du mouvement, et revisite une œuvre emblématique du répertoire en empruntant tant à la gestuelle de la danse baroque dont il est spécialiste, qu’aux fondamentaux de la danse contemporaine. Deux interprètes se livrent alors à une danse actuelle, sensible et joyeusement anachronique. Une rencontre entre les siècles, entre les gestes et les sons, qui révèle combien la musique de Vivaldi n’a jamais cessé d’être vivante – et combien le corps dansant en est le plus fidèle interprète.
Reclus à l’orée des bois, le petit Arthur s’est inventé un conte pour faire face à un passé qu’il ne comprend pas. Dans son monde, un Ogre terrible vient tous les jours à sa fenêtre faire les yeux doux à sa mère distante, et quelque part dans l’espace, le Cosmonaute, son père disparu, ne revient pas. Quitte à braver la sombre forêt et le bourdonnement menaçant des abeilles, Arthur s’est juré de le retrouver. Publiée à l’École des Loisirs, la pièce de Nicolas Girard-Michelotti conte la blessure et l’absence avec mordant : la magie de l’imaginaire qui protège l’enfant se heurte peu à peu à une réalité qui s’immisce dans sa fiction. La compagnie Lichka (Nicolas Girard-Michelotti et Jean Massé) donne ici à voir un récit à deux vérités, celle de l’enfant et celle de l’adulte, teinté de sous-entendus, de non-dits et de poésie.
Est-ce le début du spectacle ou sa préparation ? Au plateau, un technicien range, passe l’aspirateur et se soucie peu des enfants présents. Des caisses roulent dans l’espace, apparaissent deux autres techniciens, tout aussi énigmatiques et un poil plus bourrus que le premier. Et c’est un ballet qui débute, au son de guitares électriques, les caisses s’ouvrent, se déplient et un chantier de construction du décor devient prétexte à la rencontre entre acteurs et spectateurs. Au fur et à mesure, d’étranges poils poussent sur les corps et la barbe de nos trois techniciens, puis c’est toute la scène qui se couvre de douceur jusqu’au déploiement final… Matière métaphorique, le poil agit comme une membrane sensible par laquelle la communication s’établit.
Dans le Charollais, une ancienne salle municipale s’est muée en cabaret. Les soirées des Grandes Folies sont nées en 2024 d’une conviction simple : le nouveau cabaret appartient à toutes et tous. Dans le cadre de la Saison Cabaret qui se déploie dans toute la France, l’équipe s’échappe et part en tournée dans le Beauvaisis. Éventails, French cancan, plumes et scène tournante – le clin d’oeil à la revue et aux Folies Bergères est assumé. Mais les « girls » n’en sont peut-être pas toutes vraiment… Chansons célèbres et trésors oubliés du répertoire, choisis pour leur troublante modernité ou leurs délicieux anachronismes : la meneuse Clara Brajtam sort le grand jeu pour le public qu’elle considère comme ses invités, et veille à tenir les autres artistes à carreaux. Une soirée de revue, d’humour et de fantaisie. Quelque part entre tradition et subversion.
Les Feuilles mortes, Barbara, L’Orgue de Barbarie… Ces poèmes de Prévert, que Joseph Kosma a mis en musique, se révèlent ici sous un jour entièrement nouveau. Le Quatuor Ibaï nous emmène dans un voyage musical à travers quatre voix a cappella, sans instrument, au cœur de la poésie de Prévert. Les arrangements originaux transforment ces mélodies pour piano et voix en tableaux vocaux vivants, où le théâtre d’improvisation relie chaque chanson avec humour et tendresse. À travers ses explorations théâtrales et musicales, Kosma Kapella invite à une réflexion sur l’enfance, l’amour, le temps et la mémoire. Au-delà de la scène, le quatuor entend démystifier la musique vocale tout en suscitant l’émotion et des liens entre les générations.
Chaque jour, durant un an, 730 veilleuses et veilleurs se relaient au lever et au coucher du soleil depuis l’objet-abri dessiné par Benjamin Tovo, installé sur un point culminant du théâtre. C’est ainsi que la chorégraphe Joanne Leighton, artiste associée à la scène nationale pour ce projet singulier, a imaginé Les Veilleurs : une expérience intime tissant une œuvre collective au fil du temps. Le 4 octobre 2026 marquera l’aboutissement de cette année durant laquelle des centaines de personnes ont veillé sur la ville et au-delà, au rythme des saisons.
Pour célébrer la fin de cette performance unique et monumentale, Joanne Leighton propose de se réunir à l’issue de la dernière veille, le dimanche matin, afin de partager un moment, toutes et tous ensemble, autour de cette expérience hors du commun. Performances dansées, récits de veilles et grand banquet rythmeront cette matinée autour des Veilleurs de Beauvais.
Quand a véritablement eu lieu l’âge d’or de Molière et de ses compagnons : dans l’instabilité des jeunes années ou dans le confort des dernières ? Consciente que l’histoire de l’illustre Molière a déjà été racontée cent fois avant eux (Mikhaïl Boulgakov, Alfred Simon, Ariane Mnouchkine…), Johana Giacardi et sa compagnie prennent la liberté de raconter la vie de Molière selon leur propre représentation du théâtre de l’époque. Fabriquer des légendes à partir d’éléments connus, déformer la réalité, exagérer le caractère rocambolesque de sa vie, inventer une vie idéale… Comme au temps de Molière, c’est autour de tréteaux que cinq comédiennes fabriquent le spectacle en temps réel et dans un dispositif tri-frontal qui nous invite à entrer dans leur histoire et celle du théâtre.
Trois oiseaux dans le ciel de la Cisjordanie. C’est par l’entremise de ces personnages peu communs que Yuval Rozman prend – littéralement – de la hauteur pour évoquer le conflit israélopalestinien. Dans cette fable à l’humour acide, trois oiseaux tentent de comprendre les circonstances de la mort d’un jeune Palestinien autiste tué par la police israélienne en 2020. En investissant un espace souvent saturé, Au nom du ciel déplace le rapport à la réalité pour retrouver la beauté au sein de paysages défigurés, familiers au metteur en scène israélien. Aujourd’hui implanté dans les Hauts-de-France, Yuval Rozman signe ici le dernier volet de la Quadrilogie de ma Terre, quatre pièces qui abordent son lien avec son pays natal. Un regard libre sur la folie des hommes, pour oser penser à la paix au Proche-Orient.
Que peut l’action politique face à la tyrannie ? Avec Lorenzaccio, David Bobée adapte le chef-d’œuvre d’Alfred de Musset, en le reliant à sa première version écrite par George Sand, pour en révéler toute la puissance dramaturgique et sa résonance contemporaine. La pièce met en scène un peuple étouffé dans ses révoltes, des dirigeants paralysés, incapables d’agir pour le bien commun, et un individu confronté au dilemme moral de passer ou non à l’acte. Sur scène, un décor de colonnes brisées, prêtes à s’effondrer, évoque les ruines d’un régime trop fragile pour porter le poids des idéaux qu’il prétend défendre. Dans la lignée de Peer Gynt et Dom Juan, David Bobée signe ici un grand spectacle populaire, en faisant dialoguer une œuvre du répertoire avec les codes esthétiques d’aujourd’hui.