Pour sa dernière création, Stéphanie Aflalo part d’une peur intime, celle de perdre son père. Il lui parle depuis un écran suspendu au-dessus d’un piano, comme l’était la télé dans le salon de son enfance. De la lecture de citations Yogi Tea à des rituels insensés, l’absurde et l’humour deviennent des ressorts pour apprivoiser l’impossible disparition de ceux qu’on aime.
Créé dans la mythique Cour d’honneur du Festival d’Avignon, puis présenté à l’Odéon – Théâtre de l’Europe, Maldoror arrive à Amiens. Julien Gosselin, figure majeure du théâtre contemporain, y déploie une fresque monumentale où se mêlent théâtre, cinéma et performance. À partir des univers de Roberto Bolaño, Joris-Karl Huysmans et de
Lautréamont, le spectacle compose un labyrinthe narratif où le public est invité à circuler.
Et si, cette fois, ce n’étaient pas les valides qui faisaient danser les personnes porteuses de handicap – mais l’inverse ? C’est le pari d’Alice Davazoglou, qui assume sa différence au point de bousculer toutes les habitudes. Chorégraphe, elle écrit une danse et invite dix figures de la scène française à l’interpréter, chacun à sa manière.
Neuf danseurs. Neuf batteries. Une onde de choc. Figure de proue de la danse australienne, Stephanie Lake voit grand et frappe fort avec Manifesto. Devant un immense rideau de velours, neuf percussionnistes et neuf interprètes s’élancent dans un rituel primitif où la symbiose entre mouvement et rythme atteint son paroxysme.
Pour apaiser la jalousie maladive de sa femme Junon, Jupiter feint un amour pour Platée, une nymphe naïve, utilisée comme un jouet de pouvoir. La cheffe Camille Delaforge et l’ensemble Il Caravaggio s’emparent du chef-d’œuvre bouffon de Rameau, l’opéra le plus cruel et le plus drôle du répertoire baroque.
Des lucioles qui clignotent à l’unisson, deux personnes éloignées qui vivent la même chose au même moment… Est-ce un pur hasard ? Ces coïncidences troublantes deviennent le point de départ d’un spectacle participatif, entre mentalisme, musique et théâtre. Accompagné du contrebassiste Joris Vanvinckenroye, le magicien et mentaliste Kurt Demey interroge la part du hasard ou de la destinée.
Écrite comme un scénario de film, L’Ivresse des Lucioles prend le pouls de la jeunesse. Du krump à l’électro en passant par le voguing, Carmel Loanga nous plonge dans une succession de fragments de vie, comme des souvenirs saisis à vif. Dans un long plan séquence, les tableaux s’enchaînent avec une fluidité désarmante pour capturer l’intensité d’instants de vie. Et toutes leurs nuances : un coup de blues en plein cœur d’une fête ; le désir de faire groupe tout en préservant sa singularité ; devenir adulte sans renier ses joies d’enfant ; l’envie de séduire, sans se perdre. Dans leur quête de liberté, les cinq interprètes se lancent dans une traversée tantôt explosive, tantôt nostalgique, mais toujours enivrante.
Sur scène, des robes. Des robes de soirée, de mariée, de chambre, de tous les jours, de bal. À paillettes, longues, bouffantes, ajustées, trop grandes. Des robes empires, à baleines, de celles qui valsent sur Leonard Cohen ou bien des robes en pleurs, mal cousues, légères, sans armatures, nouées sur le ventre. Et puis des robes seules, rebelles, enjouées sur fond de basses électroniques. Figure montante de la danse en France et à l’international, Leïla Ka signe des chorégraphies pour Beyoncé, la cérémonie des Césars ou encore Zaho de Sagazan, et a présenté Maldonne à l’Olympia. Elle explore ici la condition féminine dans une chorégraphie portée par cinq femmes qui laissent transparaître leurs fragilités, leurs révoltes et leurs identités multiples.
Jacky Medefo a grandi au Cameroun, élevé par les femmes de sa famille, avant d’arriver en France à 11 ans. D’aussi loin qu’il s’en souvient, il a toujours dansé. La chorégraphe Magda Kachouche le rencontre lors d’un projet participatif et décide de lui consacrer un portrait. Les pieds enracinés dans la forêt sacrée de ses ancêtres, les bras virevoltants sur les couloirs des scènes queer d’aujourd’hui, Jacky repousse les clichés. Sa danse est à la fois un cri et une caresse – et ce qu’elle raconte nous déroute, nous propulse, nous oblige. En compagnonnage avec le Théâtre du Beauvaisis de 2023 à 2026, Magda Kachouche continue de célébrer les danses, les corps et les cultures à travers cette création.
En suspension, portés ou voltigeurs, dix danseurs de la compagnie Käfig évoluent entre sol, murs et airs. Fidèle à son goût du croisement des disciplines, le chorégraphe Mourad Merzouki transforme ici les codes du hip-hop en une expérience aérienne, pensée avec la complicité de Fabrice Guillot, grimpeur de haut niveau et fondateur de la compagnie de danse verticale Retouramont. Le rapport au sol, primordial pour le danseur hip-hop, se trouve totalement modifié et tout devient alors possible, l’ascension comme la chute. Les danseurs grimpent aux murs, se poursuivent, s’échappent et s’envolent sur une musique alliant le vertige des cordes à l’électroacoustique, composée par Armand Amar. Une pièce inclassable, entre danse et voltige.